La femme doit-elle faire l’âdhân et l’iqâma ?

Publié le par Tawhîd Al Hâkimiya

 

As salâmu ‘alaykum wa rahmatu Allah wa barakâtuh

 

Ma question est la suivante: incombe t-il à la femme de faire l’appel à la prière (al âdhân) et l’appel annonçant l’entrée en prière (al iqâma) ou pas ? Qu’Allah vous récompense.

 

 

Réponse :

 

Wa ‘alaykum assalâm wa rahmatu Allah wa barakâtuh

 

Les savants sont partagés sur cette question; bien qu’ils s’accordent tous à dire qu’il n’est pas obligatoire pour une femme de faire l’appel à la prière (al adhân) et l’iqâma, ils divergent quant à savoir s’il s’agit d’une sunna pour elle ou pas.

 

Les hanafites sont d’avis qu’une assemblée de femmes s’apprêtant à prier n’a pas à accomplir l’adhân ni l’iqâma. En effet, dans « al-Mabsût », As-Sarkhasî (qu’Allah lui fasse miséricorde) a dit: « Je posai la question : « Qu’en est-il de l’adhân et de l’iqâma des femmes, sont-ils obligatoires pour elles? » On me répondit : « Elles ne sont pas concernées par l’adhân ni l’iqâma » ».

 

Les malikites, quant à eux, sont d’avis qu’il n’existe aucune preuve permettant d’affirmer que la femme doit faire les appels de l’adhân et l’iqâma, cependant c’est une bonne chose pour elle de les accomplir.


L’auteur de « at-Tâj wal Iklîl li Mukhtasari Khalîl »a dit « Si la femme fait l’iqâma à voix basse, c’est bien ». Dans « al-Mudawwana », il est dit : « La femme n’est pas tenue de faire l’adhân ni l’iqâma mais si elle accomplit l’iqâma, c’est une bonne chose » ».

 

La doctrine des chaféites consiste à dire qu’il est recommandé pour la femme de faire l’iqâma mais rien n’est moins sûr concernant l’adhân.

 

An-Nawawî dans « al Madjmû’ » [1] dit : « Concernant la façon d’accomplir la prière communautaire entre femmes, il existe trois avis sur la question. L’avis le plus connu, adopté tant par les anciens érudits que par les érudits des dernières générations, représentant ainsi l’opinion de la majorité, consiste à dire qu’il est recommandé aux femmes d’accomplir l’iqâma mais pas l’adhân, et ce, en se référant  à ce que rapporte l’auteur du présent recueil. Selon le deuxième avis, cité dans « al Buwaytî », ni l’adhân ni l’iqâma ne sont recommandés aux  femmes. Enfin, le troisième avis est de dire qu’aussi bien l’adhân que l’iqâma des femmes sont des actions recommandées. C’est ce qui a été rapporté par les juristes de Khurasân.

 

Selon le premier avis, si la femme accomplit l’adhân sans élever la voix, ce n’est pas réprouvable, car c’est un moyen de se rappeler Allah le Très-Haut comme le précise Ach-Châfi’î dans « al Umm». Cheikh Abû Hâmid et Al Qâdî Abû At-Tayyib ont déclaré la même chose. C’est aussi le propos d’Al-Mahâmilî tel que mentionné dans ses deux ouvrages, ainsi que le propos de l’auteur de « ach-Châmil » et d’autres. L’auteur du présent ouvrage et Al Jarjânî dans « at-Tahrîr » ont opté en faveur d’un avis plus marginal affirmant qu’il était absolument détestable que la femme accomplisse l’adhân. Cela dit, l’avis précédent représente mieux la doctrine (al madhhab).

 

Par ailleurs, même si nous estimons que la femme peut faire l’adhân, nous précisons qu’elle doit veiller à ne pas élever sa voix au-delà de ce qu’il lui permet d’être entendue par ses consoeurs. Nos pairs [parmi les érudits de l’école chaféite] se sont accordés sur ce point et c’est en outre, ce qui est mentionné dans « al-Umm ». En revanche, dès lors que la femme élève sa voix plus haut que nécessaire, cela devient interdit au même titre qu’il lui est interdit de se découvrir devant des hommes étrangers, ces derniers pouvant être tentés par sa voix de la même manière qu’ils sont tentés par la vue de son visage. Parmi ceux qui ont déclaré l’illicéité d’une telle pratique: l’imam des lieux saints, ainsi qu’Al Ghazâlî et Ar-Râfi’î. Al Qâdî Husayn en a également fait mention et As-Sarkhasî dans « al-Amâlî» en précisant que : « l’élévation de la voix de la femme est détestable même lorsqu’elle souhaite prier seule. Si nous soutenons que l’homme seul ne doit pas faire l’adhân, cela est à plus forte raison valable pour la femme qui prie seule. Concernant la prière de la femme en communauté, nous nous en référons aux trois avis [susmentionnés]».

 

Enfin, plusieurs opinions sont attribuées aux hanbalites. Néanmoins, le plus apparent au sein de cette école, comme l’a mentionné Ibn Al Muflih dans « al Furû’» est qu’il est détestable que la femme fasse l’adhân et l’iqâma.

 

Ainsi, Ibn Qudâma (qu’Allah lui fasse miséricorde) a dit : « Les femmes ne sont pas chargées d’accomplir l’adhân ni l’iqâma. Tel est l’avis d’Anas, Ibn ‘Umar, Sa’îd Ibn Al Musayyib, Al Hasan, Ibn-Sirîn, An-Nakha’î, Ath-Thawrî, Mâlik, Abû Thawr, et les partisans du ra²y (de la déduction personnelle). Je ne connais nulle divergence à ce sujet. Cependant, est-ce pour autant une sunna pour elles de les accomplir ou pas ? On rapporte à ce propos que l’imam Ahmad a dit : « Il n’y a pas de mal à ce qu’elles fassent l’adhân et l’iqâma, mais si elles les délaissent, cela est également permis».

 

Al Qâdî en répondant à la question de savoir s’il est préférable pour elles de les accomplir, a dit : « Deux propos nous ont été rapportés à ce sujet. D’après Jâbir, la femme peut procéder à l’iqâma. C’est également l’opinion de ‘Atâ’, Mujâhid, Al Awzâ’î, et Ach-Châfi’î qui a dit : « Il n’y a pas d’inconvénient à ce que les femmes fassent l’adhân et l’iqâma ». En effet, on rapporte que Aicha (qu’Allah l’agrée) faisait l’adhân et l’iqâma. C’est également l’opinion de Ishâq. De même que l’on rapporte que le Prophète (salla Allahu ‘alayhi wa sallam) autorisa Umm Waraqa à faire l’adhân et l’iqâma et à diriger la prière des femmes de son foyer. On dit cependant que ce hadith a été rapporté par Al Walîd Ibn Jamî’, or ce dernier est jugé faible en tant que rapporteur. D’autre part, An-Najâd rapporte selon sa propre chaîne de transmetteurs que Asma Bint Yazîd a dit : « J’entendis le Prophète (salla Allahu ‘alayhi wa sallam) dire : «  Les femmes ne sont pas tenues de faire l’adhân ni l’iqâma ». De plus, l’adhân a été institué pour annoncer [l’entrée du temps de la prière], la femme n’est donc pas légalement chargée de le faire. De même qu’il a été institué qu’on élève la voix lors de l’adhân, or il n’est pas permis que la femme élève sa voix ».

 

De son coté, Ibn Al Muflih, dit : « Deux versions indiquent que l’adhân et l’iqâma de la femme ont le statut d’actions détestables, et ce, de façon absolue même sans élever la voix. On rapporte aussi que c’est une sunna pour elles d’accomplir l’iqâma mais pas l’adhân. Le premier avis qui soutient que c’est détestable, est l’avis le plus juste. Dans « al Majd » il est dit que vraisemblablement, ce n’est pas recommandé compte tenu du sens apparent de ces deux propos. Az-Zarkachî a dit : « Le caractère détestable de l’adhân et l’iqâma des femmes constitue l’avis le plus connu  à ce sujet ». Parmi ceux qui ont fait prévaloir cette opinion : Ibn Tamîm puis l’auteur de « ar-Ri’âyatayn » et de « al Hâwiyayn ». Ibn Nasr a authentifié la validité de cette position dans ses commentaires (al Hawâchî). Ibn ‘Ubaydân a également soutenu que ce n’était pas une sunna.

 

Dans le deuxième avis qui nous est parvenu, l’adhân ainsi que l’iqâma de la femme sont simplement permis (mubâh). C’est ce qui a été cité dans « ar-Ri’âya ».

 

Le troisième avis qui soutient le caractère louable de ces deux pratiques pour les femmes est un avis rapporté dans « al Fâ²iq » et d’autres ouvrages. La version défendue par l’auteur du présent recueil, qui affirme que ce n’est pas détestable, peut supposer la simple permission (al ibâha) tout comme la recommandation (al istihbâb). Quant au propos mentionné dans « al Majd », il supporte à la fois le sens du détestable (al karâha) ou simplement l’indifférence (al ibâha). Il en est de même concernant le propos d’Ibn ‘Ubaydân. Il en ressort que l’iqâma est une sunna pour les femmes mais pas l’adhân. Telle est la substance des dires d’Al Qâdî et des érudits lui ayant succédé ».

 

En résumé, les savants convergent pour dire que l’adhân et l’iqâma n’incombent pas aux femmes mais divergent quant à savoir si cela constituait une sunna pour elles de les accomplir ou non. Les hanafites et les hanbalites (d’après l’avis le plus connu qui leur est attribué) soutiennent que ce n’est pas une sunna. Les malikites et les chaféites (si l’on s’en tient à l’avis de référence au sein de leurs écoles) optent au contraire pour l’avis qui consiste à dire c’est une sunna tout en précisant que la femme ne doit pas élever la voix en telle circonstance.

 

 

Et Allah demeure le Plus Savant.

 

Cheikh Abû Usâma Ach-Châmî.

 

 

 

Texte original

 

 

 

Traduction : Oum-Ishâq

Relecture et correction : Oum-Mou’âwiya & Oum-Youssef

 

 

[1] NDT : Il s’agit du célèbre ouvrage de l’imam An-Nawawî : « al Majmû’ fi Charhi  Muhadhdhabb ». Il y fait le commentaire d’un important recueil de référence au sein de l’école chaféite « al Muhadhdhab fil Fiqhi Ach-Chafi’î » compilé par l’éminent savant chaféite Abû Ishâq Ach-Chîrâzî.

 

Source : http://www.fatwaislam.fr/article-revise-la-femme-doit-elle-faire-l-adhan-et-l-iqama-103485920.html

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Publié dans Fatâwâ divers

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