La superficialité

Publié le par Tawhîd Al Hâkimiya

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La superficialité

Article écrit par le Docteur Ash-Sharîf Hâtim Al-`Awnî
(Enseignant des sciences du Hadith à l’université Umm Al-Qurâ, à la
Mecque)

Traduit par le shaykh Muhammad al-Maghribî
حفظه الله

 

 

Cet article s’adresse à des tendances extrémistes qui se réclament des Gens de la Sunna, mais qui ont rejoint les kharidjites dans certaines de leurs déviations, notamment la superficialité dans la lecture des textes de la Révélation qui les a conduit à des erreurs de conception et des erreurs de jugement dont les conséquences furent désastreuses comme la qualification de musulmans de mécréants, d’innovateurs, de pervers, etc. Dans certains cas, ces anathèmes étaient même suivis de mesures punitives qui, elles-mêmes, étaient dues à une lecture littérale des textes. Parmi ces mesures, il y a la récusation -tajrîh-, la mise à l’index -hajr- et pour certaines tendances plus extrémistes encore, cela peut aller jusqu’à l’effusion du sang inviolable [1].

 

 

 

 

Le Dr Hâtim Al-`Awnî cite d’autres points communs de ces tendances avec les kharidjites comme la rudesse, la précipitation, l’absence de nuance, le fait de s’ériger en censeur et en inquisiteur, l’orgueil et la prétention, etc.

 

 

 

 

Que le musulman sache qu’il sera jugé le Jour de la résurrection selon sa conformité à la voie d’Allah que ce soit dans sa croyance, dans ses vertus intérieures, dans ses paroles, dans ses actes ou dans son comportement. C’est cela qui compte auprès d’Allah et non les noms et les étiquettes (salafiatharî,sunnite, etc.).

 

 

 

 

Au musulman de prendre conscience que la voie d’Allah est droite et longue. Elle est parsemée d’embûches se présentant sous forme de passions -shubuhât- et de désirs concupiscents -shahawât- que le musulman doit combattre en faisant effort sur lui-même. Il doit faire effort sur ses sens (l’ouie, la vue, la raison, le cœur) en s’en servant pour méditer les signes révélés (le Coran et la Sunna) et apprendre sa religion. Allah a dit en effet :  Que ne méditent-ils le Coran ? Auraient-ils les cœurs complètement verrouillés ?  [2]. C’est ainsi qu’il pourra se libérer du joug de la superficialité et du joug de l’imitation servile et développer ainsi une personnalité cultivée et convaincue, au lieu de suivre aveuglément un shaykh, de répéter comme un perroquet les mots que répètent la foule d’admirateurs de celui-ci, sans en pénétrer le sens, et de se voir déjà dans le groupe sauvé et la fraction victorieuse.

 

 

 

 

Allah a sévèrement blâmé les mécréants pour leur manque d’utilisation de leurs sens et pour leur superficialité. Il a dit -exalté soit-Il- :  Que ne parcourent-ils la terre pour acquérir des cœurs aptes à comprendre [les évènements] et des oreilles aptes à entendre intelligemment [les informations]. En vérité, ce ne sont pas les regards qui sont aveugles, mais plutôt les cœurs qui battent dans les poitrines  [3] et Il a dit :  Ils ne connaissent qu’un côté apparent de la vie de ce monde, indifférents qu’ils sont à la vie de l’Au-delà  [4].

 

 

 

 

Le Prophète – صلى الله عليه وسلم – a blâmé les kharidjites pour leur superficialité. Il a dit : « Surgiront des gens qui réciteront le Coran avec leur langue seulement, sans que celui-ci n’aille plus loin que leur gosier. »[5] Cela signifie qu’ils s’en tiennent au sens superficiel du Coran sans que celui-ci n’aille plus loin que leur gosier et arrive au cœur pour être médité.

 

 

 

 

Quand les murjiites ont réduit la foi en un assentiment du cœur ou une attestation verbale, les pieux prédécesseurs avaient aussitôt réagi pour les condamner et démontrer par les preuves que la foi est plus profonde que cela et qu’elle consiste en des paroles et des actes. Ils étaient conscients qu’une telle croyance cultive une certaine superficialité qui empêche d’approfondir ses connaissances religieuses, d’entretenir sa foi et d’agir, ce qui entraînerait ainsi à long terme une régression civilisationnelle de la communauté musulmane.

 

 

 

 

Avant de vous laisser lire cet article, je tiens à souligner qu’il ne faut pas faire de confusion entre la lecture superficielle et la considération par les savants de la Sunna du sens apparent des textes. Les savants de la Sunna tiennent compte d’abord du sens prépondérant du texte, ensuite ils regardent si le contexte ou un argument solide permettent de le prendre dans son sens apparent ou le faire passer à un sens qui n’est pas prépondérant. Ils regardent aussi s’il a une portée générale ou particulière, s’il est restreint par d’autres textes, s’il est abrogeant ou abrogé, bref ils opérationnalisent toute une série de règles et de principes de droits -usûl- pour examiner le fond du texte et ne pas se limiter à sa lecture littérale comme font les kharidjites et d’autres esprits superficiels.

 

 

 

 

Votre frère en Allah, Muhammad al-Maghribî

 

 

 

 

TRADUCTION

 

 

 

 

Le penchement des esprits superficiels vers l’attachement au sens littéral des textes du Coran et de la Sunna, sans les examiner à fond, est une grave tentation. Cela a entraîné différentes sortes d’erreurs méthodologiques -khalal manhajî- en matière de pensée, de jugement et d’éthique, sans parler des erreurs dans les questions subsidiaires de la religion.

 

 

 

 

Le problème est que les gens qui sont superficiels dans leur traitement des textes scripturaires et ceux qui adoptent leur sens littéral, sans l’accompagner de compréhension profonde, constituent la majorité comme c’est le cas, d’ailleurs, dans toutes les sciences et les spécialités. Il va de soi que les gens versés dans le vrai fiqh constituent une minorité puisque le fiqh nécessite des dons, des compétences et des connaissances qu’on trouve rarement même chez ceux qui sont avides de sciences religieuses. Si c’est ainsi, que dire alors des gens du commun ? Il est normal que le littéralisme envahisse la majorité des esprits et il est normal que les adeptes de ce littéralisme trouvent dans celui-ci la vraie religiosité et la soumission parfaite à l’autorité des textes canoniques. Ce qui n’est, par contre, pas normal, c’est que ces gens superficiels envahissent la scène religieuse par des conceptions et des jugements superficiels contraires à la religion d’Allah et s’érigent en censeurs du fiqh authentique fondé sur la profondeur dans la compréhension des textes conformément à la voie suivie par les pieux prédécesseurs de cette communauté et ses jurisconsultes -fuqaha- qui en constituent des références.

 

 

 

 

Si nous voulons tirer de notre histoire, en matière d’idéologie et de méthodologie, un exemple qui nous sert de critère idéal à ce sujet, nous ne trouverons pas un exemple aussi représentatif que celui de la secte kharidjite. En effet, la plus importante tare méthodologique qui caractérise les kharidjites est l’attachement aux textes sans compréhension profonde [6]. Les kharidjites ont considéré les textes de la Menace -wa`îd-, c’est-à-dire les textes qui vouent les pécheurs de la communauté au feu de l’Enfer et au châtiment ou qui nient en eux l’existence de la foi, et les ont interprétés selon leur sens superficiel, sans les pénétrer profondément. Ils ont alors taxé de mécréance les croyants pour des péchés que ceux-ci ont commis et ils ont voué tout musulman coupable d’une faute au feu éternel.

 

 

 

 

Le problème scripturaire des kharidjites réside dans leur tentation par le sens littéral des textes, sans compréhension profonde. C’est là une tentation grave car elle donne l’illusion à ces fanatiques du littéralisme qu’ils sont le plus en droit de revendiquer l’adhésion au texte et qu’ils méritent plus que quiconque l’honneur de l’avoir admis. Cette tentation s’était-elle limitée au fait de se prévaloir de cette priorité et de cet honneur ? La réponse est non, mais elle est allée plus loin, si bien qu’ils crurent qu’ils sont les seuls à admettre les textes et à se soumettre à eux et que les autres ne font que manipuler les textes à leur guise par passion et ignorance. Quel regard ont-ils porté sur ceux qui ont acquis une connaissance profonde des textes parmi les sommités du fiqh et les imâms dans la science sacrée, à savoir ceux qui comprennent les textes en se fondant sur leur contexte et en les joignant à d’autres textes, qui reviennent aux principes de motivation des jugements pour lier chaque jugement à sa cause, qui examinent les sources des statuts et des qualifications juridiques, qui considèrent les conséquences des choses, les avantages et les dommages et qui regardent les finalités de la charia ? Dans le moindre des cas, ils ont considéré ces fuqaha comme des gens qui manipulent les textes, qui contournent par la ruse la Révélation divine et qui ploient avec résignation sous la pression de la réalité, sinon ils les ont qualifiés de mécréants ou d’hypocrites comme ont traité leurs prédécesseurs les meilleurs hommes de la communauté parmi les Compagnons et les savants.

 

 

 

 

Ainsi apparaît-il en toute évidence que la tentation par le sens littéral des textes est l’un des secrets de la pensée kharidjite -si on admet qu’ils possèdent une pensée, car ils sont arrivés à un état qui fait de leur pensée une idéologie folle-.

 

 

 

 

Ils en sont arrivés à croire qu’ils sont plus savants au sujet des textes du Coran et de la Sunna que les Compagnons du Prophète – صلى الله عليه وسلم -, qu’ils observent les prescriptions de la religion et s’y attachent plus que les éminents Compagnons alors qu’à l’époque il y avait parmi ces derniers le quatrième calife bien guidé, `Alî b. Abî Tâlib !

 

 

 

 

Les kharidjites ne se sont pas contentés de s’ériger orgueilleusement et prétentieusement en censeurs jugeant fautifs les meilleurs Compagnons et les qualifiant d’ignorants. Ils ne se sont pas contentés non plus de les taxer de pervers et de libertins. Mais ils sont allés jusqu’à l’excommunication -takfîr- en taxant de mécréance les Compagnons et la communauté entière, à l’exception de ceux qui ont intégré leur parti.

 

 

 

 

Ils ont réellement pris le sens superficiel des textes comme source de lois qu’ils ont mises en vigueur, ce qui les a conduit à adopter une idéologie catastrophique et un comportement destructeur et à commettre des crimes après qu’ils aient jugé licite l’effusion du sang musulman.

 

 

 

 

C’est dire jusqu’où l’ensorcellement par le littéralisme scripturaire et sans compréhension profonde, peut mener. C’est un ensorcellement qui peut dégénérer en folie. Sinon y a-t-il une folie pire que le fait de croire qu’on est plus juste que l’imâm des prophètes et des envoyés, Muhammad – صلى الله عليه وسلم – ? C’est ce qu’a pensé le vétéran des kharidjites et le fondateur de leur idéologie, Hurqûs b. Zubayr. Il a osé dire au Prophète – صلى الله عليه وسلم – : « Sois juste ô Envoyé d’Allah ! [7]»

 

 

 

 

Y a-t-il une folie plus grave que celle que ces bédouins ignorants ont manifesté en s’opposant aux Compagnons de l’Envoyé d’Allah – صلى الله عليه وسلم -, y compris les plus savants d’entre ceux-ci ?

 

 

 

 

Dans son livre Talbîs iblîs (2/553), Ibn Al-Jawzî a dit : « Les kharidjites étaient fervemment portés à la dévotion, mais leur croyance qu’ils sont plus savants que `Alî b. Abî Tâlib était une maladie difficile ».

 

 

 

 

Il a également dit (2/576) : « Je ne m’étonne pas de leur conviction ferme qu’ils sont plus savants que `Alî. Dhû Al-Khuwaysira n’a-t-il pas dit à l’Envoyé d’Allah – صلى الله عليه وسلم – : « Sois juste ! Car tu n’as pas été juste ! » Satan lui-même n’aurait pas pensé à des infamies pareilles. Que notre refuge soit en Allah contre la décadence ! »

 

 

 

L’une des causes de ces infamies et de cette décadence — si je me permets de reprendre les termes d’Ibn Al-Jawzî —, c’est l’attachement des kharidjites au sens littéral des textes sans une compréhension saine et profonde qui tient compte des significations impliquées par les contextes, de la réunion des arguments, ainsi que d’autres raisonnements qui font passer les mots de leur sens littéral à d’autres sens.

La leçon que nous pouvons tirer de cette folie idéologique chez les kharidjites, est que la lecture superficielle des textes exerce un pouvoir très captivant sur les esprits superficiels et qu’elle s’empare d’eux sans s’en dissocier, jusqu’à les conduire à des états critiques de corruption des conceptions et des jugements et à attenter à l’honneur, voire à la vie des gens.

En méditant le cas de ces gens superficiels, on constate que l’emprise qu’a sur eux la lecture littérale de certains textes les a conduits à contredire d’autres textes très explicites sans qu’ils n’en soient conscients. En effet, les textes explicites des deux Révélation (le Coran et la Sunna) qui réfutent les kharidjites sont nombreux. Ce ne sont pas des textes équivoques, mais bel et bien des textes explicites et péremptoires. Cela aurait dû normalement les pousser à renoncer à leur littéralisme, mais ils ne l’avaient pas fait. Parmi ces textes, il y a ceux qui sont censés leur inspirer de se montrer humbles à l’égard des Compagnons du Prophète – صلى الله عليه وسلم -, de recevoir la science d’eux, de ne pas imaginer qu’ils pourraient être plus proches de la Vérité qu’eux. Les textes qui appellent à de telles vertus sont des textes sacrés et nombreux. Ils décrivent des événements qui témoignent clairement du grand mérite des Compagnons et de leur précellence en matière de fiqh et de science, sans parler de leur foi et de leur dévotion. Il ne sied pas à un homme sensé de faire prévaloir sur ces éminents textes une lecture littérale qui les contredit et s’attacher à celle-ci.

Le problème réside dans le pouvoir captivant et ensorceleur du sens littéral des textes, un ensorcellement qui trouve dans la superficialité des kharidjites un facteur favorable pour les mettre dans un état comparable à ceux qui croient en une partie de l’Écriture et en renient une autre, sans qu’ils en soient conscients ! Sinon pourquoi ne se sont-ils pas montrés humbles à l’égard des Compagnons et pourquoi n’ont-ils pas suivi leur exemple malgré l’existence de tous ces textes et ces événements qui prouvent de manière catégorique que ce n’est pas de cette façon qu’il faut les traiter ?

Parmi les aspects de ce littéralisme, il y a la dureté et la sévérité. Il existe un autre aspect de la superficialité des kharidjites et leur tentation par le littéralisme scripturaire, à savoir l’affirmation catégorique dans des questions où celle-ci est réfutable et la prétention fréquente à la certitude religieuse là où il ne faut pas, chose qu’on ne constate pas chez ceux qui ont la compréhension saine et profonde des textes comme les Compagnons. Les kharidjites sont les gens les plus enclins à prétendre l’affirmation catégorique et la certitude sans restrictions et sans réserves. C’est d’ailleurs cela qui les rendait plus prompts à créer des divisions, y compris entre eux, car le fait de prétendre la certitude là où il ne convient pas, fait de toute divergence une querelle où chacun qualifie son adversaire -mukhâlif- de négationniste ou d’innovateur, voire de mécréant. Cette querelle et cette rudesse dans le comportement à l’égard de l’adversaire naît de cette exagération dans la prétention à la certitude qui inspire de considérer son antagoniste comme quelqu’un qui contredit des vérités péremptoires de l’Islam et s’oppose aux prescriptions stables de la religion et ce, même quand il s’agit d’une divergence sur une question qui est affaire de présomption, c’est-à-dire une divergence concevable et tolérée par la religion. Cela peut aller jusqu’à prétendre que son antagoniste contredit les prescriptions de la religion qu’aucun musulman n’est censé ignorer.

Ce sont malheureusement ces erreurs que nous constatons aujourd’hui chez les salafis extrémistes qui revendiquent leur affiliation aux pieux prédécesseurs alors qu’ils ignorent leur voie. Ils se précipitent dans l’affirmation catégorique et prétendent avoir la certitude concernant des questions ayant fait l’objet d’une divergence tolérée où les opinions sont prises en considération par les fuqaha -khilâf mu`tabar-, voire des questions ayant fait l’objet de divergence depuis l’époque des Compagnons, ou leurs pieux successeurs -tâbi`în-, ou la génération suivante -tâbi` tâbi`în-, ou celle des fondateurs des écoles (Abû Hanîfa, Mâlik, Ash-Shâfi`î et Ahmad).

Par ce manhaj, ces extrémistes sont devenus une machine de division et de dispersion par excellence. Là où ils mettent les pieds, ils créent des divisions et suscitent des conflits idéologiques qui dégénèrent parfois en des conflits armés où les partis opposés s’entretuent.

Par ce manhaj, ces extrémistes se sont transformés eux-mêmes en différents groupes divisés qui se qualifient les uns les autres d’innovateurs -mubtadi`-, alors qu’ils se revendiquent tous du salaf, mais que chacun d’eux déclare faire partie du groupe sauvé et de la fraction victorieuse et en exclue les autres.

Comme erreur des kharidjites constatée chez ces salafis superficiels, le fait qu’ils se prévalent de leur littéralisme pour se montrer supérieurs à leurs adversaires et se vantent de leur fiqh superficiel qui fait de la superficialité une adhésion entière et exaltée au texte et qui voit dans son examen approfondi une forme d’affectation conduisant à des interprétations vaines. Ils ont alors dressé un funeste obstacle qui les empêche d’acquérir plus de science ou d’avoir accès au fiqh authentique, ce qui les a mis dans un état de double ignorance -jahl murakkab- ; non seulement ils ne savent pas, mais ils ne savent pas qu’ils ne savent pas.

Qu’ils soient jeunes ou adultes, ils grandissent tous dans un même état d’esprit, à savoir l’orgueil et la fatuité. Ils ne puisent leur science que de leur ignorance et ne permettent à personne de rectifier leur façon de penser. Presque aucun parmi eux n’a réussi à s’extirper de cette censure idéologique qu’ils se sont imposés — censure qu’ils n’appliquent d’ailleurs pas sur leur prédication quand il s’agit d’inviter les autres à les rejoindre —, si ce n’est une minorité. Et même cette minorité ne doit pas son salut à une quelconque lacune dans le pouvoir de cette censure idéologique à se refermer sur les esprits, mais à un facteur extérieur qui n’est autre que cette ouverture à l’information que les moyens de communication et les supports médiatiques avaient facilitée. Si Allah n’avait pas décrété cette ouverture, cette minorité serait plus restreinte encore.

Parmi les contradictions étonnantes chez ces superficiels, il y a le fait qu’ils tirent fierté de leur superficialité qu’ils appellent clarté et l’attribuent à la simplicité de la charia et sa facilité, ignorant ainsi ce que le Législateur (Allah et Son Envoyé) entend par facilité et simplicité. D’ailleurs le fait qu’ils appellent la superficialité clarté contredit une vérité que nous attestons tous, à savoir la profondeur des sciences de la charia dont chacune exige une spécialisation. Ce sont des domaines qui ne sont pas accessibles à quiconque tourne autour.

D’une part ils déplorent comme inadmissible l’immixtion de non-spécialistes dans les sciences de la charia et, d’autre part, leur superficialité et leur littéralisme font des sciences de la charia des abécédaires accessibles à tout intellectuel même si ce n’est pas sa spécialité. Je me demande comment ils font pour réunir ces deux choses contradictoires.

A partir de là on comprend comment le fait de tomber dans le piège d’un littéralisme scripturaire dénué de tout examen profond des textes est une superficialité destructrice pour la religion et la communauté et comment le fait de demeurer captif du sens littéral des textes peut avoir des répercussions graves sur les préceptes de l’Islam.

Il est de notre devoir de prendre conscience de la gravité de cette superficialité et qu’il est dangereux de se laisser illusionner par le sens littéral des textes sans compréhension saine qui réunit les textes avec leur contexte, leurs causes, leurs sources, les règles de la charia qui les gèrent et leurs finalités majeures. Nous devons nous méfier de cette tentation comme nous devons nous méfier de tout fléau idéologique qui empoisonne les esprits. Cette idéologie a généré et génère encore le terrorisme, l’excommunication des musulmans -takfîr-, la division et la dispersion comme elle laisse la porte grande ouverte à l’orgueil et à la prétention qui sont difficiles à soigner. Tel est le cas des kharidjites qui sont les prédécesseurs de ces salafis extrémistes.

_________________________

[1] J’entends par le sang inviolable le sang du musulman, le sang du non musulman qui bénéficie d’un traité impliquant sa protection par le chef de l’état musulman ou qui est lié aux musulmans par un pacte -mu`âhad- ou qui a reçu des musulmans la promesse qu’ils n’attenteront pas à sa vie -musta’man- et le sang des non musulmans qui vivent dans leur société.

[2] Coran, Muhammad (S.47), 24.

[3] Coran, al-Hajj (S.22), 46.

[4] Coran, ar-Rûm (S.30), 7.

[5] Hadith rapporté par Muslim.

[6] Sur la superficialité des kharidjites, leur manque de science et leur manque de méditation des textes de la Révélation, il existe plusieurs hadiths. Nous en citons les hadiths suivants :

  • Muslim rapporte également que Bashîr b. `Amr a demandé à Sahl b. Hanîf : « As-tu entendu l’Envoyé d’Allah parler de ces kharidjites ? – Oui, répondit-il, je l’ai vu désigner de sa main l’Est — selon une autre version : l’Irak — et dire : «  Surgiront des gens qui réciteront le Coran avec leur langue seulement, sans que celui-ci n’aille plus loin que leur gosier. Ils sortent de la foi aussi vite qu’une flèche de son gibier. Ils auront le crâne rasé. «  »
  • Il est rapporté dans les deux sahîhs que `Alî a dit : « J’ai entendu l’Envoyé d’Allah – صلى الله عليه وسلم – dire : « Sur la fin des temps surgiront des jeunes gens insensés, qui proféreront les paroles meilleures, ils sortiront de l’Islam aussi vite qu’une flèche de son gibier. Leur foi n’ira pas plus loin que leur gosier. Partout où vous les trouverez, tuez-les. Celui qui les tuera sera récompensé le Jour du Jugement. »
  • Muslim rapporte que Zayd b. Wahb al-Juhanî a dit : « J’étais dans l’armée que `Alî a commandée pour combattre les kharidjites. Il a dit : J’ai entendu l’Envoyé d’Allah – صلى الله عليه وسلم – dire : «  Des gens sortiront de ma communauté. Ils réciteront le Coran, et votre récitation n’approchera en rien de la leur. Votre prière de même ne sera rien à côté de la leur, ni votre jeûne en comparaison du leur. Ils réciteront le Coran en s’imaginant qu’il leur est favorable, alors qu’en réalité il les condamne. Leur récitation n’ira pas plus loin que leur gosier. Ils sortiront de l’Islam aussi vite qu’une flèche de son gibier.  » »

 

[7] Al-Bukhârî rapporte ce récit d’Abû Sa`îd al-Khudrî : « Nous étions auprès de l’Envoyé d’Allah qui partageait le butin quand Dhû al-Khuwaysira, un homme de la tribu de Banû Tamîm, se présenta et dit : «  Sois équitable ô Envoyé d’Allah !  » – Malheur à toi ! répliqua le Prophète – صلى الله عليه وسلم -.Qui donc serait équitable, si moi-même ne l’étais pas ? Je serais voué à l’échec et à la perdition, si je n’étais pas équitable ! » `Umar intervint et dit : «  Envoyé d’Allah, permets-moi de lui trancher le cou !  » – Laisse-le, dit le Prophète – صلى الله عليه وسلم -, l’un de vous dénigre sa prière et son jeûne, en l’assimilant à celle de cet homme sectaire, les membres de cette secte réciteront le Coran, mais sans que celui-ci n’aille plus loin que leur gosier. Ils sortent de la foi aussi vite qu’une flèche de son gibier ! Observes-tu sa pointe que tu n’y vois aucune trace de sang ! Tu regardes la jonction et de son support, tu n’y vois rien ! Tu regardes sa hampe, non plus ! Tu regardes les palmes qui la garnissent, aucune trace ! La flèche aura traversée en toute vitesse sang et chyme sans en garder trace ! Leur signalement est un homme noir dont l’un des bras ressemble au sein de la femme -ou ressemble à un morceau de chair qui s’agite-. Ils surgiront au moment où les gens se trouveront en dissidence.  » »

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