La Réalité Légal, La Réalité Usuelle Et La Réalité Linguistique.
Ibn Taymiyya رحمه الله écrit :
"Les noms auxquels Dieu a lié des règles dans le Coran et la Sunna (sont de plusieurs types):
– [1] il en est dont la définition et ce qu'ils désignent sont connus par les sources : Dieu et Son Messager les ont explicités ; ainsi en est-il des noms : prière, zakâte, jeûne, pèlerinage, foi, islam, kufr et nifâq ;
– [2] il en est dont la définition est connue par la langue: le soleil, la lune, le ciel, la terre, la terre sèche, la mer ;
– [3] et il en est dont la définition est liée à l'habitude et l'usage des gens; elle change donc en fonction de leur habitude ; ainsi en est-il des termes : "transaction de vente, acte de mariage, prise de possession, pièce d'argent, pièce d'or", et autres termes qui sont tels que leur définition n'a pas été fixée par le législateur ni ne fait l'objet d'un accord de tous les gens de la langue ; (au contraire,) leur mesure et leur description changent en fonction du changement des habitudes humaines"
[Majmû' ul-fatâwâ 19/235].
Les ousouliyyoun ont divisé la réalité des termes en trois catégories :
-La réalité légale (al haqiqa ach char3iyya/ al istilâhiyya)
-La réalité dans l’usage/usuelle (al haqîqa al 3ourfiyya/al isti3mâliyya)
-La réalité linguistique (al haqîqa al loughawiyya)
Par exemple, l’origine du mot Salât dans la langue arabe est « l’invocation » mais istilâhen (légalement), ce mot désigne une invocation spécifique qui se fait d’une façon spécifique (l’ensemble des actions et des paroles qui débute par le takbîr et se complète par le taslîm)
Afin de déterminer le manât propre dont découle un statut légal mentionné dans le coran, il convient de prendre en compte la réalité légale en priorité, si on ne trouve pas, on passe à la réalité usuelle et si on ne trouve pas, on prend la réalité linguistique. Le passage d’une réalité à une autre se fait dans cet ordre en fonction du contexte décrit par les versets et en fonction des facteurs indicatifs apparents (al qarâin) qui permettent d’exclure une réalité avant de passer à la suivante. => règle citée par Ach-Châtibî et As Suyûti entre autres.
D’un autre côté, il faut savoir que le coran vient apporter des statuts légaux avec des significations maximales (al ahkâm ghâiyya)=> Voir Ach-Châtibî
La règle est que : le houkm maximal correspond/s'applique au manât maximal.
Exemple pour mieux concevoir la chose: le mot Walâ’ (alliance) a un sens linguistique dans la langue arabe, il a un sens différent dans l’usage des gens, mais également un sens légal bien défini (plus spécifique).
Lorsque le Walâ’ envers les kouffar est cité dans le coran et qu’un statut légal comme le koufr y est rattaché par exemple, le koufr est à prendre au sens maximal, c'est-à-dire un koufr akbar qui expulse de la religion. Mais quel est le walâ’ qui justifie le sens maximal du mot koufr ? Ca sera la wala’ dans sa réalité légale uniquement.
Et afin de déterminer et de bien délimiter la réalité légale du mot walâ’ par exemple, les savants observent la description que le coran donne de cette forme de wala’ et aussi, les circonstances de révélation et la sounna explicative de ce verset du coran.
Ainsi, toutes les autres formes du terme walâ’ au sens usuel ou linguistique n’auront pas réalisé le Manât propre au houkm maximal présent dans ce verset.
Par contre, il est possible de citer ce verset pour les autres formes de walâ’ mais à ce moment là, le statut légal présent dans le verset descend en deçà de sa signification maximale. En d’autres termes : les autres réalités évoquées ne partagent qu’une partie du statut maximal. Ou encore ; les autres réalités du mot walâ’ constituent des manâtat de ahkâm différents qui ont un degrés moindre que le houkm maximal.
Donc si on veut se servir de ce verset pour blâmer une personne qui commet une forme de walâ’ envers le les kouffar qui n’atteint pas la réalité légale de ce terme, cela est tout à fait possible, mais à ce moment là, il faut bien évidemment savoir que le houkm qui est rattaché n’est pas à prendre au sens maximal mais dans un sens moindre, un sens proportionnel au degrés de rapprochement de cette forme de wala’ là de la réalité légale maximale.
C’est le même principe qui s’applique pour beaucoup de termes et expressions et ce qu’il faut retenir, c’est que lorsque nous nous retrouvons face à un contexte légal, il est très important de délimiter et de définir la réalité légale des termes et expressions même si ça n'empêche pas d'évoquer le verset pour les autres réalités (usuelles et linguistiques) à condition de faire desendredre le houkm qui y figure à une signification moindre..
Ces petites explications ne sont pas suffisamment détaillées car il y a d’autres notions importantes liées au sujet, mais c’est afin de vous donner un aperçu inchaAllah.
Je vais tenter de vous donner un exemple parlant inchaAllah, celui étudié par le cheikh Al chadhoulî et le cheikh Abou Qatâda aussi en a parlé ( hafidahouma Allah).
Le verset: " ceux qui ne jugent pas d'après ce qu'Allah a révélé, les voilà les injustes"
Ici: "les voila les injustes" =>est un houkm: un statut légal.
" Ceux qui ne jugent pas d'après ce qu'Allah a révélé" => est le manât qui justifie ce houkm là. En arabe ceux qui ne jugent pas= man lam yahkoum.
Si l'on tient compte de ce que Ach Châtibi a expliqué, à savoir du fait que le coran apporte des status légaux avec des significations maximales.
La signfication maximale du mot "injustes" est le koufr car le chirk et le koufr constiuent la pire des injustices.
D'un autre coté: lorsque les savants ont étudié le contexte de ces versets, les circonstances de révélation, les athar rapportés à ce sujets dans les tafassir etc, ils en ont déduit que: l'expression" man lam yahkoum" voulait dire:
=>Selon la réalité légale: ne pas se référer lors d'un litige à la législation d'Allah, s'en détourner pour se référer à une autre législation (il est aussi inclue le fait de légiférer des lois en dehors d'Allah).
=>Selon la réalité usuelle: faire preuve d'oppression dans le jugement, ne pas tenir compte de l'équité dans les modalités d'application d'un jugement, ne pas s'assurer avec exactitude de la véracité des faits reprochés, faire de l'ijtihâd abusif etc.
=>Selon la réalité linguistique: commettre des infractions dans l'absolu, ne pas suivre certaines prescrptions etc.
Rapprelons la règle: le houkm (statut légal) maximal ne s'applique que sur le manât maximal.
Donc ici : c’est seulement lorsque le mot houkm est pris au sens légal (= ne pas se référer à la législation d'Allah lors d'un litige) qu'il recquiert le houkm maximal(=l’injustice au sens de koufr akbar)
Mais les autres significations du mot houkm (usuelles et linguistiques) rentrent de façon partielle dans le sens du verset et à ce moment là, le statut légal (=les injustes) descendra en deçà de sa signification maximale. Le houkm ( statut légal): « les voilà les injustes » prendre des significations moindre que la maximale. Il s’agira d’une injustice moindreet le degrès de l’injustice est proportionnelle au degrès du rapprochement des autres réalités du mot houkm de sa réalité légale.
C'est pour cette raison qu'il possible d'évoquer ce verset pour blâmer une personne qui a commis une injustice dans le jugement mais seulement en tenant compte du fait que le houkm maximal ( le koufr) ne s'applique pas sur elle.
Wa Allahou Ta3âla a3lam.
Par la soeur Sabr.